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L'ère du terrorisme low-cost

 Ceux qui font couler le sang frappent désormais là où ils sont et avec les moyens du bord.

Jeudi, un djihadiste français invitait les ouailles du groupe Etat islamique à ne plus rallier la Syrie et l’Irak. Dans cette vidéo repérée par le journaliste David Thomson, le terroriste ordonnait: «Déchire ton billet pour la Turquie, le firdaws (ndlr: paradis) est devant toi, tu manipules deux/trois voyous, tu trouves une arme dans n’importe quel quartier.» L’attentat commis le soir même à Nice semble confirmer ce virage stratégique pris par Daech. A l’heure où nous bouclions ces pages hier soir, l’organisation n’avait pas revendiqué la tuerie. Le procureur de la République François Molins évoquait tout de même, lui, des actes «correspondant très exactement» aux appels des organisations terroristes islamistes.

Ni armes ni formation

«Nous sommes passés à un terrorisme low-cost. Une personne isolée, une kalachnikov et trois cents cartouches suffisent», observe Thomas Flichy de La Neuville, professeur à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. «Le nombre de victimes est important, alors qu’il s’agit de moyens rustiques. Il n’y a même plus d’armes de type kalachnikov, ni besoin de formation. Il faut juste être prêt à mourir et à tuer le plus de gens possible», acquiesce Olivier Chopin, chercheur associé à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et spécialiste du renseignement.

Les recommandations de Daech en ce sens datent de septembre 2014. L’un de ses porte-parole, Abu Mohammad al-Adnan, suggérait de broyer la tête des mécréants avec une pierre, de les massacrer avec un couteau ou encore de les écraser avec une voiture. «Al Qaida a fait la publicité des mêmes méthodes dès 2014 dans son magazine Inspire», relève Christina Schori Liang, spécialiste du terrorisme au Geneva Center for Security Policy. Les résultats de la stratégie ont été rapidement visibles, avec plusieurs attaques de ce type intervenues dans un premier temps sur le continent américain. «En 2014, à Saint-Jean-sur-Richelieu, au Canada, deux militaires avaient par exemple été renversés par le véhicule d’un islamiste radical», rappelle la chercheuse.

Aujourd’hui, c’est donc au tour de l’Europe, avec, pour la première fois dans un attentat de cette ampleur, le recours à un camion bélier. «Ces véhicules interviennent habituellement en Israël ou en Irak. Il s’agit en fait d’une méthode très ancienne, mais généralement utilisée avec des explosifs, rarement pour écraser une foule», remarque Thomas Flichy de La Neuville. A ses yeux, ces attentats plus radicaux en Occident s’expliquent par la perte de territoire des djihadistes au Moyen-Orient, suite à leur lâchage par l’Arabie saoudite et la Turquie.

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