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Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou se penche pour « L'Orient-Le Jour » sur l'État Islamique

Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, directeur adjoint du Geneva Centre for Security Policy et professeur associé au Graduate Institute à Genève, se penche pour « L'Orient-Le Jour » sur les différents attentats perpétrés par l'État islamique au cours des dernières semaines.

Alors qu'il perd du territoire en Irak et en Syrie, l'État islamique (EI) a revendiqué de multiples attentats (Orlando, Bangladesh, Bagdad...) sur plusieurs continents depuis le début du ramadan. Existe-il un lien de causalité entre ces deux données ?
Oui, certainement, le lien peut être logiquement établi. Il s'agit au préalable de néanmoins correctement lire la nature de la phase actuelle. Les multiples adversaires militaires de l'État islamique – prenons le temps de les lister : les autorités irakiennes, le régime syrien, la Turquie, l'Iran, la Jordanie, les États-Unis, la Russie, la France, les Peshmergas kurdes, le Hezbollah et les autres groupes armés islamistes qui ne sont pas de son obédience ainsi que leurs soutiens régionaux du Golfe – parlent déjà d' « éradication », d'organisation « défaite » qui frapperait « tous azimuts » pour compenser ses pertes. C'est prématuré et c'est surtout faire peu cas du fait clinique que ni Mossoul en Irak ni Raqqa (tenues toutes deux par le groupe depuis juin 2014) n'ont encore été reconquises par tous ces acteurs coalisés contre un simple groupe armé non étatique, quelle que soit sa force, qui se trouve, de plus, dans un espace territorial contigu et circonscrit.

En vérité, l'EI ne devrait même pas être en contrôle depuis deux ans, au vu et au su de tous, de la deuxième plus grande ville irakienne et l'une des cinq plus grandes agglomérations syriennes... et l'on se gargarise d'avoir « repris », respectivement après un an et après six mois, les bourgades de Ramadi et de Palmyre, que l'EI avait pris au printemps 2015 pour étendre son domaine d'action et tactiquement « disperser » ses ennemis. Les attaques régionales et internationales, si elles ont certes augmenté, s'inscrivent dans une série d'opérations continuellement menées depuis deux ans (Tunisie, Libye, Égypte, Liban, Yémen, France, Belgique, États-Unis et Arabie saoudite visés en 2015-2016) dans un second cercle en parallèle au premier périmètre irakien et syrien. On peut dès lors s'interroger : quelle organisation « affaiblie » mène neuf attaques sur trois continents en trois semaines dont la plus grande attaque en Irak depuis dix ans, tout en continuant à occuper deux villes sur deux pays ? L'EI sera inévitablement défait tôt ou tard par ses multiples adversaires, mais nous n'y sommes pas encore.

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