Puissances moyennes: l’espoir d’un ordre international renouvelé

30 January 2026

Chronique signée par l'Ambassadeur Thomas Greminger pour la Tribune de Genève

Face à la rivalité entre grandes puissances, les États moyens comme la Suisse disposent d’atouts décisifs. Leur diplomatie flexible et leur crédibilité leur permettent de construire un nouvel ordre fondé sur la coopération. Une chronique de l’ambassadeur Thomas Greminger, directeur exécutif du Centre de politique de sécurité Genève.

Lorsque le premier ministre canadien Mark Carney a évoqué à Davos une «réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n’est soumise à aucune contrainte», il a exprimé ce que beaucoup d’entre nous pensaient tout bas. Mais il a aussi ravivé un espoir dans ce monde turbulent: celui des puissances moyennes, qui, selon lui, ne «sont pas impuissantes» et «possèdent la capacité de construire un nouvel ordre», fondé sur la coopération plutôt que la confrontation.

Puissances moyennes

Le système international se fragmente à mesure que la rivalité entre la Chine, la Russie et les États-Unis s’intensifie. Les grandes puissances étendent leur influence dans leurs sphères régionales, souvent au détriment du droit international et des institutions multilatérales. Pourtant, dans ce contexte, les puissances moyennes jouent un rôle stratégique: elles préservent leur autonomie, influencent les organisations internationales et maintiennent leur crédibilité. 

Une puissance moyenne se définit moins par ses moyens matériels que par son comportement, et sa diplomatie. Ces États privilégient la médiation, la construction de coalitions et la recherche du consensus. Historiquement, l’Australie et le Canada ont incarné cette approche. Aujourd’hui, le Kazakhstan, la Turquie, le Qatar, le Brésil ou l’Indonésie en démontrent la pertinence. Même de «petits États», comme la Suisse, lorsqu’ils s’appuient sur leur capital diplomatique et leur perception internationale, relèvent de cette catégorie.

Leur efficacité tient à leur flexibilité: elles préservent leur autonomie tout en participant activement aux alliances et institutions internationales. La géographie peut influencer leurs choix, mais n’est pas déterminante. Le Kazakhstan équilibre ses relations avec la Russie, la Chine, l’Union européenne et les États-Unis. La Norvège, puissance moyenne périphérique, illustre aussi cette capacité à combiner ancrage régional et engagement global. Ces stratégies de «multi-alignement» évitent la dépendance et créent des espaces de coopération ciblée.

Cette approche devient cruciale à l’heure où le multilatéralisme peine à se réformer. Les puissances moyennes peuvent, à l’image du groupe «N+N» durant le processus d’Helsinki dans les années 70, rapprocher deux blocs opposés. Aujourd’hui, leur action collective pourrait soutenir la réforme de l’ONU et revitaliser un multilatéralisme contesté. Par leur engagement flexible et leur crédibilité politique, ces États peuvent renforcer les institutions, promouvoir des normes communes et faciliter le dialogue en période de crise. 

Plutôt que d’aspirer à un leadership global, les puissances moyennes agissent comme stabilisatrices et médiatrices. Elles rappellent que la puissance peut s’exercer par la persuasion, la constance et le service de l’intérêt collectif.

Dans un monde multipolaire et volatil, elles offrent une alternative crédible à la logique des blocs. Leur capacité à coopérer, à bâtir des coalitions efficaces et à défendre des principes communs pourrait en faire des acteurs clés d’un nouvel ordre international. Encore faut-il qu’elles travaillent ensemble et «question par question, avec des partenaires qui partagent suffisamment de points communs pour agir ensemble», comme l’a souligné Mark Carney. 

La Suisse, fidèle à son engagement pour le dialogue et la gouvernance inclusive, a tout pour jouer un rôle central dans cette dynamique. Dans un système international en quête de repères, elle peut redevenir un acteur de stabilité et de renouveau.

Disclaimer

Cet article a été initialement publié dans la Tribune de Genève. Les points de vue, informations et opinions exprimés dans cette publication sont ceux de l'auteur/des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux du GCSP ou des membres de son Conseil de fondation. Le GCSP n'est pas responsable de l'exactitude des informations.

Information
By Ambassador Thomas Greminger, Executive Director of the Geneva Centre for Security Policy (GCSP)