Sommet du G7: entre unions et divisions

25 June 2026

Le sommet a donné l’illusion d’unité, mais les rivalités géo-économiques et les désaccords sur les droits humains persistent. Les vrais enjeux se jouent loin des caméras.

Pour que le sommet du G7 remplisse sa promesse – offrir un cadre de dialogue ancré dans la démocratie, la prospérité et la coopération internationale – ce qui compte vraiment se joue à huis clos. Les communiqués finaux et les images officielles donnent l’illusion d’unité, mais la réalité est souvent plus nuancée. Comme à Genève, où les images de gaz lacrymogènes et de vitrines brisées ont éclipsé une mobilisation largement pacifique, la perception publique peut masquer la réalité. Assiste-t-on à un exercice de façade ou à un échange sincère où les tensions sont mises au jour plutôt qu’étouffées? C’est dans ces espaces fermés, loin des caméras, que se mesure la capacité réelle des dirigeants à dépasser leurs divergences.

Intelligence artificielle

Certes, les avancées sur l’Ukraine et l’Iran ont suscité un certain soulagement. Mais ces progrès ponctuels ne doivent pas occulter des rivalités plus structurelles. Les «guerres de l’IA», illustrées par les restrictions imposées à certains services technologiques, tels qu’Anthropic, hors des États-Unis, révèlent une rivalité géo-économique croissante entre partenaires. L’objectif d’une croissance équilibrée, durable et partagée reste entravé par des asymétries de pouvoir, l’évolution des technologies émergentes et la hausse des dépenses militaires. Si les dirigeants pointent la Chine, la Russie ou les réseaux criminels transnationaux, les nombreuses lignes de fracture internes au G7 sont tout aussi profondes.

Or, c’est en traitant ces fractures que les membres pourraient s’attaquer aux inégalités croissantes.

Un nouveau consensus sur la solidarité internationale paraît également difficile à envisager. Les principes fondamentaux du droit international sont désormais contestés, y compris par certains membres présents du G7. Les droits humains, l’égalité de genre et la résilience climatique ne font plus l’unanimité comme en 2015. Les slogans des manifestants NoG7, dénonçant fascisme et impérialisme, témoignent de cette dérive. La France affirme refuser la loi du plus fort. Mais sans règles communes crédibles, la gouvernance mondiale restera biaisée au profit de ces quelques acteurs qui achètent les joueurs tout en sifflant les fautes de la partie.

Le simple fait que les dirigeants soient restés à la table constitue, en soi, un minimum. Cela ne signifie pas pour autant que les causes profondes des inégalités aient été abordées. En revanche, chacun devrait avoir mesuré plus clairement les positions des autres. Sur des dossiers clés tels que les chaînes de valeur des minéraux critiques, les progrès nécessiteront une analyse rigoureuse des systèmes économiques, environnementaux et sociaux dans lesquels évoluent ces ressources. À Genève, les négociations sur les données, les brevets ou les droits humains montrent à quel point la confiance fait défaut: trop souvent, les intérêts économiques l’emportent sur les principes.

Le coût de l’échec, lui, est saisissant. À Genève, les habitants assument directement les conséquences sécuritaires de ces sommets, révélant les limites d’une approche centrée sur le maintien de l’ordre. À l’approche des prochaines crises, le choix est clair: soit les fractures continuent de s’élargir, soit le dialogue reprend le dessus. Car, qu’on le veuille ou non, ces divisions devront être affrontées collectivement. C’est pourquoi le travail effectué à Genève pour renforcer la coopération internationale, la paix et la sécurité continuera de porter ses fruits même après le départ des armées et des forces de l’ordre.

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Cet article a été initialement publié dans la Tribune de Genève. Les points de vue, informations et opinions exprimés dans cette publication sont ceux de l'auteur/des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux du GCSP ou des membres de son Conseil de fondation. Le GCSP n'est pas responsable de l'exactitude des informations.

Expert
Staff
Ms Fleur Heyworth
Head of Gender and Inclusive Security