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Compte-rendu "Les rendez-vous de la migration" du jeudi 13 septembre 2018

Le Geneva Centre for Security Policy (GCSP), Initiatives et Changement Suisse et l’Hospice Général sont ravis d’avoir organisé conjointement la troisième édition des Rendez-vous de la migration portant sur « L’esclavagisme et travail au noir: travailleurs illégaux, un destin partagé par des milliers de migrants. » Anna Brach, responsable du pôle « Sécurité Humaine » au GCSP, a animé cette conférence et a notamment ouvert la discussion en contextualisant les questions d’esclavagisme et de travail au noir avec  le sujet plus général de la migration et de la sécurité des migrants.

Christophe Girod, directeur général de l’Hospice Général a introduit le sujet en faisant référence à la connotation péjorative du mot « intégration » ou plus spécifiquement du « manque d’intégration », en soulignant toutefois les efforts apportés par de nombreuses organisations et associations. Il est donc important de faire référence aux moyens qui permettent aux migrants de s’intégrer dans la société qui les accueille. Cette intégration, rappelle Christophe Girod, passe essentiellement par le travail, plus spécifiquement par le marché du travail. Il est néanmoins difficile de parler du marché du travail lorsqu’il s’agit de travail au noir – des métiers souvent non-déclarés, avec des « salaires de misères » et des conditions de travail difficiles.

Lancée en février 2017 par le canton de Genève, l’opération Papyrus est une procédure de régularisation des sans-papiers à l’échelle cantonale. Cette opération avait trois objectifs précis et interdépendants: augmenter le processus de normalisation du statut légal des étrangers sans papiers, mettre en place un dispositif de contrôle et d’assainissement des secteurs économiques particulièrement touchés par le travail au noir et la sous-enchère salariale, et la mise en place d’un dispositif d’insertion et de stabilisation des personnes concernées par ce projet. Il est difficile de

compter le nombre exact de migrants sans statut légal dans le canton de Genève, mais une estimation entre 8 000 – 12 000 personnes est plausible. Il est expliqué que ce chiffre dépend largement des déclarations politiques qui diffèrent d’un canton à un autre en Suisse. Dans le canton de Zurich, il a été rapporté qu’il y avait « zéro migrants », cependant ce chiffre officiel est contré par une estimation de 30 000 migrants dans ce canton.

Les participants à cette conférence ont pu ensuite bénéficier de la présentation de ce projet par Nicolas Roguet, Délégué à l’intégration au Bureau de l’intégration des étrangers (BIE) et Natalia Baume, Inspectrice du travail à l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (OCIRT).

Ces deux intervenants ont fortement insisté sur le fait que leur travail n’a pas pour but de faire peur mais d’encourager les employeurs à se conformer à la loi.

Natalia Baume a présenté les activités de l’OCIRT pour les contrôles et l’assainissement en soulignant l’importance de l’échange d’informations entre cet organisme et l’Office cantonal de la population et des migrations (OCPM). En tant qu’inspectrice du travail, Baume se consacre aux contrôles des employeurs contre le travail au noir en réclamant des fiches de salaires qui peuvent remonter à cinq ans. Cependant la réclamation de documents comme les fiches de salaires n’est souvent pas remplie. Les anecdotes partagées par les intervenants ont permis aux participants de se rendre compte des réactions des employeurs face à ce genre de contrôles et de tentatives de mises en place de projets. Une réponse récurrente de la part des employeurs face à ce genre de contrôles est : « Je ne trouve personne qui souhaite faire un travail déclaré. » Natalia Baume est habitué à ce genre d’échanges avec les employeurs en leur affirmant la mise en place de moyens simples pour trouver des migrants éligibles au travail déclaré. En effet, deux options principales sont proposées pour parer à ces éventuelles limitations. Le premier est l’extension de chèques de services afin de faciliter la rémunération et les déclarations administratives, le deuxième moyen mis en place est un site internet « Ménages Emplois » proposant les services de personnes, des prestations soutenues par le Canton de Genève. Près de 500 personnes avec tous types de profils sont inscrits sur ce site afin de proposer leurs services – comprenant une partie de profils de gens régularisés.

Une description s’en est suivie afin de présenter le profil majoritaire des migrants par rapport à leur type d’emploi. En effet, presque 80% des emplois sont fidèles, en d’autres termes, un employé est amené à rester avec le même employeur ou dans la même affiliation de secteur. Un tiers des personnes qui ont été régularisées suite à des demandes ont débuté les démarches afin de trouver des emplois stables. Un autre aspect important qui a été présenté est la différence entre un employé qui travaille seulement pour un employeur, comparé à la nécessité de se déplacer parfois jusqu’à 3 ou 4 heures par jour pour plusieurs employeurs. Plusieurs statistiques ont été présentées avec des chiffres intéressants. La majorité des personnes régularisés sont des femmes (environ 80%) et majoritairement d’Amérique Latine. 81% de ces personnes ont terminé une formation secondaire ou universitaires, ce qui démontre encore plus l’aspect difficile travailler dans ces secteurs d’activités.

Ces deux intervenants ont indiqué la nécessité de ce projet en présentant les données et les statistiques d’une enquête menée par l’Institut de recherche appliquée en économie et gestion (IREG). Cette dernière démontre l’efficacité du projet papyrus et de la campagne travail au noir sur le nombre d’adhésion cumulé :

La conférence s’est conclue par le témoignage bouleversant de Marina Paz. Ce dernier a permis de mettre en lumière l’exemple type de la vie d’une migrante arrivée à Genève, en passant par le combat de trouver un emploi et d’accéder à une régularisation afin de trouver des emplois déclarés et stables.

Marina Paz a partagé son histoire personnelle, originaire de Bolivie, elle a rejoint illégalement des membres de sa famille en Suisse en 2005. Malgré son parcours universitaire en ingénierie, son parcours en Suisse a été compliqué, mais elle a réussi à trouver des solutions pour travailler et vivre dans des conditions humaines. Cependant et malheureusement, cette option n’est pas toujours le cas pour les migrants venant s’installer en Suisse. Marina a été témoin de conditions difficiles lorsqu’elle est arrivée dans ce nouveau pays. Logée dans une chambre à plusieurs personnes avec des lits superposés ou dans un container sur un chantier, mélangées entre femmes et hommes dans la même chambre, sans chauffage et sans eau chaude. Malgré ces conditions difficiles, Marina a réussi à se battre au point de pouvoir raconter son parcours aux participants présents à cette conférence. Débutant en tant que femme de ménage à domicile pour un montant total de CHF 500, elle a réussi à trouver un autre lieu de travail mieux rémunéré. Marina a souligné l’importance de rencontrer des gens qui ont su l’aiguiller, et la solidarité trouvée dans les associations. Marina vit avec son compagnon et ses deux enfants nés en Suisse. Au bout d’un processus de presque quatre ans, ils possèdent tous les deux des permis leur permettant de rester en Suisse. Marina entreprend de se former en tant qu’aide-soignante, un métier qui démontre son envie de trouver une profession stable tout en aidant son prochain.

Les participants ont pu continuer à échanger leurs expériences et leurs témoignages lors de l’apéritif prévu par les organisateurs afin de poursuivre les discussions sur les thèmes abordés.

 

La prochaine conférence du cycle « Les rendez-vous de la migration » qui portera sur le thème de « l’Esclavagisme et travail au noir: travailleurs illégaux, un destin partagé par des milliers de migrants » le jeudi 13 septembre de 18:30 à 20:30 à la Maison de la Paix.

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© Images: Caux Forum. Pour voir d'autres photos de l'événement, cliquez-ici.